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La foire en folie!

Je suis en train de manœuvrer à travers une foule de gens extrêmement chics. Les gens me marchent sur les orteils, quelqu’un brûle ma chemise préférée par accident avec une cigarette, les vendeurs me mettent des produits sous le nez et les parfums autour de moi me font mal au cœur. Mes phéromones me mènent vers une femme dans le coin qui porte la robe la plus révélatrice que j’ai jamais vu. La plate-forme derrière elle est animée de mouvement; je tourne mon attention sur celle-ci, remplis de jeunes somptueux et quasiment nus qui dansent follement.

Je marche vers cette scène; soudainement je suis distrait par une autre plate-forme où les gens sur la scène semblent être dans un état de transe. Ils sont vêtus de spandex, d’aluminium, de chrome, de cuir, de plastique, de caoutchouc et d’autres matériaux que je ne peux même pas identifier. Je me sens étourdie. Je suis ici depuis seulement 10 minutes et je ressens une migraine puissante qui se trouve juste au-dessus de mon front. Que devrais-je faire? Où dois-je aller? OÙ SUIS-JE? Non, je ne suis pas dans une discothèque populaire, même si le frais d’entrée était de 40 $. Il est dimanche matin; je suis à Montréal au salon annuel ABA de coiffure. Au moins, c’est ce qu’il est marqué sur mon billet!

Je fais partie de ce nombre limité et remarquable de coiffeurs qui sont venus de loin pour être présent à ce rituel du printemps. Après avoir traversé le maudit hiver depuis le mois de novembre, je suis venu pour voir ce qui est nouveau dans la mode de la coiffure. Je suis venu pour voir, toucher et sentir les nouveaux produits sur le marché. Pour admirer le dispositif mécanique de shampooing (oui c’est une vrai <<machine de shampooing automatisé>>). Je suis ici pour écouter le lancement du dernier produit miracle qui fera pousser de nouveau les cheveux. Mon but principal d’être ici c’est probablement d’apprendre quelque chose. J’imagine qu’il vaut mieux d’apprendre quelque chose ici, que de rester assis à la maison. J’ai un besoin persistant d’absorber les dernières tendances. Notre merveilleuse industrie change plus rapidement que Apple peut lancer une nouvelle application mobile!

Donc, je m’assois pour absorber quelques nouvelles tendances au kiosque d’un fabricant majeur. J’attends que la présentation commence. D’autres personnes commencent à remplir les 50+ chaises qui sont parfaitement alignées face à la scène. Ensuite, ils émergent : les coiffeurs bondissent de derrière la scène avec leurs modèles. Ils aident leurs modèles à s’asseoir sur les chaises hydrauliques. Les modèles ont besoin d’aide, car ils ne peuvent pas s’asseoir par eux-mêmes sans perdre leurs vêtements. Un modèle avait tous les cheveux attachés en queue de cheval minuscules; il y en avait au moins 40.

Donc, ce coiffeur commence à expliquer qu’il passe par un stade expérimental et qu’il se sent très créatif. Il va couper au rasoir chaque brin individuel afin qu’il puisse réaliser un « look de rue déconstruit ». Je me demande de quelle rue il parle. Le pauvre coiffeur semblait avoir des problèmes de dos, probablement en raison de son arsenal d’armes de coupe de cheveux attaché autour de sa taille. Je comptais 14 paires de ciseaux et cisailles, 7 peignes, plusieurs dispositifs de rasoir –pour sa création macabre– et 21 clips à bec de canard en métal. Inutile de dire que je me suis levé et déplacé vers la plate-forme du prochain fabricant pour apprendre d’autres idées et tendances et peut-être trouver un endroit où ma migraine battante pourrait être soumise. Je trouve cette oasis un peu plus tard. Dans une petite zone de démonstration de la même taille que mon garde-robe, il n’y avait pas de coiffeurs sadiques avec des instruments furieux. Il y avait juste une coiffeuse d’âge-moyen qui a refusé de parler dans le micro attaché à sa tête; parce qu’elle voulait se sentir plus près de la foule rassemblée.

Elle parlait de sa motivation et que son désir d’éduquer et d’inspirer était authentique. C’était évidemment quelqu’un qui avait de l’expérience. Sa motivation pour représenter le grand fabricant n’était pas pour les aider à colporter leurs produits; ils pourraient le faire eux-mêmes. Elle était là parce qu’elle était amoureuse de l’art de la coiffure et de ses artistes. Elle avait un don d’enseigner et de motiver. Elle a parlé des besoins des clients et elle nous a soulignés l’importance du service au client. Tout cela alors qu’elle effectuait un « bob », un risqué commercial mais une coupe qui ferait bien a beaucoup de dames de son âge.

Il était une fois, cette madame était elle-même sur une plate-forme avec des lumières vives et beaucoup de cérémonie.  Elle a trouvé ça amusant, mais ça ne l’a pas donné la satisfaction de cet environnement intime. Nous avons parlé pendant un certain temps, échangeant des idées sur les tendances actuelles. Nous avons discuté de l’avenir de l’industrie. Elle a dit qu’elle était reconnaissante aux fabricants pour lui donner l’occasion de partager sa passion pour les cheveux et l’échange avec ses pairs. L’éducation est sa raison d’être fondamentale, car renforcer son ego sur une grande plate-forme de luxe et d’essayer d’éblouir la foule ont été grattées de sa liste il y a 15 ans. Après une longue discussion avec elle, ma migraine était maintenant un simple chatouillement. J’étais réticent à quitter cette oasis de paix et d’apprentissage. Je l’ai remerciée pour son professionnalisme et pour avoir soulager mon maux de tête. Elle sourit et me fit un signe de compréhension. Je reculai dans la jungle des coiffeurs belliqueux.

J’ai fini par trouver quelques autres coiffeurs qui valaient la peine de ma visite. J’ai aussi appris quelques astuces du métier. Oui, on peut apprendre a un vieux chien de nouveaux trucs. Satisfait que j’avais été exposé à ce que je recherchais, je me suis maintenant dirigé vers la sortie. En passant dans un kiosque vendant des ciseaux japonais de fantaisie, j’ai reconnus le coiffeur avec l’arsenal de ciseaux autour de sa taille. Il achetait une autre paire de ciseaux!

Nous les coiffeurs assistons à plus de salons professionnels et d’ateliers que toute autre industrie : jusqu’une demi-douzaine par année. Nous faisons cela pour poursuivre notre éducation. Nous devons suivre les tendances et nouveautés. Nous le faisons pour l’amour de notre métier. Nous nous réunissons à des foires commerciales pour être avec nos pairs et échanger des idées. Donc, nous devons continuer d’assister à ces évènements, mais nous devons aussi transmettre un message aux fabricants et distributeurs de produits : laisser tomber le faste et le glamour de sorte que la formation et l’apprentissage se font dans leur forme la plus pure… l’enseignement sensé et technique.

Voilà la vrai raison pourquoi nous assistons aux foires commerciales.

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